Entrevue avec Strahan McCarten, expert en centres de données et en services d'hébergement

Est-ce que vous connaissez le moyen le plus rapide de rentabiliser vos investissements dans votre centre de données? Perspectives Affaires l'a appris, récemment, lors d'un entretien avec Strahan McCarten, chef divisionnaire – gestion des produits (centres de données et services d'hébergement) de Bell, qui nous a parlé des tendances les plus en vogue depuis le sans-fil : la virtualisation et l'informatique dans les nuages.
Perspectives Affaires : Bonjour, Strahan, et merci de nous accorder cette entrevue. Commençons par discuter de terminologie. Le terme « informatique dans les nuages » fait penser à un concept tiré d'un roman de H. G. Wells. De quoi s'agit-il exactement?
S. M. : Le terme informatique dans les nuages signifie que vous tirez parti des « nuages » Internet à des fins professionnelles. Pour qu'un service relève de l'informatique dans les nuages, il doit répondre à trois critères. D'abord, ce service doit transformer les dépenses en immobilisations en dépenses d'exploitation. Ensuite, il doit soulager le client du fardeau de la gestion du matériel. Puis, il doit être payable à l'utilisation, de sorte que le client puisse s'ajuster au besoin. Un bon exemple de ce type de service est l'application Web de suivi des ventes Salesforce.com.
Perspectives Affaires : Quel est le lien avec la virtualisation?
On a confondu l'informatique dans les nuages avec la virtualisation, mais il s'agit là de deux concepts complètement différents. La virtualisation a entre autres avantages celui de dissocier les applications des composantes matérielles et d'optimiser la puissance informatique disponible. Il est important de disposer de cette couche d'infrastructure virtualisée bon marché afin de progresser vers l'informatique dans les nuages, mais la virtualisation est également importante pour améliorer la reprise après sinistre.
Perspectives Affaires : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la virtualisation?
S. M. : Au tournant du siècle, chaque serveur dans un environnement d'entreprise exécutait généralement une seule application. L'entreprise avait son serveur de courrier, son serveur Web, etc. Le matériel était donc massivement sous-utilisé par les applications, ces dernières utilisant peut-être entre 20 et 50 % de la puissance informatique disponible. Lorsque la demande devenait trop importante pour un serveur, on ajoutait de la mémoire ou un disque dur, alors que le serveur voisin tournait pratiquement au ralenti et continuait de consommer de l'électricité et d'émettre de la chaleur.
Dans le cas de la virtualisation, toutes les applications partagent la puissance informatique disponible qu'offrent de multiples serveurs virtuels résidant dans une seule composante matérielle. De cette façon, il est possible d'ajuster la capacité du matériel en fonction de la charge de travail, ce qui permet de réduire les coûts. En fait, la tendance consiste maintenant à utiliser un ou deux gros châssis de serveurs au lieu de 50 petits. D'un point de vue informatique, le déplacement d'un serveur virtuel d'un ordinateur à un autre se fait littéralement par glisser-déposer. Imaginez un peu glisser-déposer votre serveur chez un tiers pendant que votre ordinateur est hors service pour des raisons de maintenance. Voilà l'objectif et la promesse de l'informatique dans les nuages.
Perspectives Affaires : Diriez-vous que la virtualisation offre une voie plus directe vers la réduction des coûts que l'informatique dans les nuages?
S. M. : Absolument. L'informatique dans les nuages évolue et pourra sans aucun doute permettre à l'entreprise de réduire ses coûts à moyen terme. Cependant, en se concentrant sur la virtualisation maintenant, on obtiendra des résultats immédiats.
Perspectives Affaires : Si l'informatique dans les nuages représente un autre très bon moyen de contrôler les dépenses, pourquoi croyez-vous qu'il faudra un certain temps avant qu'elle soit adoptée?
S. M. : Soyons plus précis. Il y a en réalité trois types d'offres d'informatique dans les nuages, dont deux sont facilement accessibles aux entreprises. Le logiciel-service, comme Salesforce.com, est disponible et l'est déjà depuis un certain temps. La seconde offre, qui correspond à l'image que la plupart des gens se font maintenant de l'informatique dans les nuages, est l'infrastructure-service, qui consiste essentiellement à livrer des services informatiques et de stockage à la demande. La plate-forme EC2 (Elastic Compute Cloud) d'Amazon.com est un bon exemple. Elle permet aux clients de créer des serveurs virtuels aussi puissants qu'il le faut. La troisième offre, qui est la plus récente et la moins répandue, est constituée de plates-formes pour le développement d'applications, comme la plate-forme Azure de Microsoft.
L'infrastructure-service, qui correspond à l'image que la plupart des gens se font de l'informatique dans les nuages, ne sera pas adoptée avant deux ans par de nombreuses organisations. Cela s'explique par le fait que la plupart des applications d'entreprise traditionnelles prêtes à l'emploi sont étroitement associées au matériel; elles ne sont donc pas adaptées à l'informatique dans les nuages. Les nouvelles applications sont conçues dès le départ pour l'informatique dans les nuages, de sorte que lorsqu'elles sont mises en ligne, cette option devient plus sensée.
Perspectives Affaires : Peut-on dire alors qu'il s'agit d'une question d'évolution?
S. M. : C'est exact. Mais les technologies émergentes soulèvent aussi d'autres questions. Par exemple, à l'heure actuelle, il n'y a pas beaucoup de contrôle sur ce qu'il advient des données. Dans bien des cas, on ne sait pas où les données résideront ou de quelle façon elles seront protégées, ce qui est préoccupant en termes de sécurité.
Il y a deux phénomènes naissants susceptibles de répondre à cette préoccupation. Le premier, c'est que les applications qui tirent avantage de l'informatique dans les nuages ont commencé à proliférer. Le deuxième phénomène est l'arrivée de fournisseurs dignes de confiance offrant une infrastructure qui tire profit de l'informatique dans les nuages dans un environnement sécurisé.
Perspectives Affaires : Pour qui l'informatique dans les nuages constitue-t-elle une option intéressante actuellement?
S. M. : En ce moment, l'informatique dans les nuages convient bien aux petites entreprises en démarrage qui utilisent de toutes nouvelles applications, de même qu'aux très grandes entreprises fondées sur le Web qui créent des applications d'envergure mondiale, comme Hotmail et Gmail. Les petites entreprises peuvent profiter de puissants outils sans avoir à payer de dispendieuses licences d'utilisation de logiciel. Mais une banque dont le système informatique date de 20 ans n'est pas près de recourir à l'informatique dans les nuages.
Perspectives Affaires : Les avantages de la virtualisation semblent résider dans la réduction des coûts et la simplification de l'administration. Pouvez-vous nous mentionner quelques-uns de ses éventuels inconvénients?
S. M. : Pour la plupart des clients et des applications, la virtualisation ne pose pas d'inconvénients. Avant la récession, les entreprises se demandaient si elles devaient opter pour la virtualisation. Elles craignaient – en grande partie à tort – que seul un ordinateur spécialisé pouvait offrir le niveau de vitesse et de performance requis. Aujourd'hui, même les clients prudents du secteur financier adoptent la virtualisation rapidement et avec vigueur.
Perspectives Affaires : La virtualisation et l'informatique dans les nuages sont aujourd'hui deux moyens de réduire les coûts et de simplifier l'administration. Comment entrevoyez-vous leur évolution?
S. M. : Les deux amèneront une mobilité sans précédent des applications et des données. Vous pourrez déplacer des charges de travail entre des centres de données et des fournisseurs « fédérés », pratiquement de la même façon que les gens utilisent et consomment l'électricité aujourd'hui. Si votre charge de travail monte en flèche, vous pourrez être assuré de bénéficier automatiquement de la capacité requise. Le passage d'un fournisseur d'infrastructure digne de confiance à un autre ne posera pas de problèmes.
Perspectives Affaires : Quelle est la principale raison pour laquelle une entreprise adopterait la virtualisation?
S. M. : La réduction des coûts, suivie de près par les caractéristiques fort intéressantes pour la reprise après sinistre et la gestion des TI.
Perspectives Affaires : Si vous pouviez nous livrer une dernière réflexion sur l'informatique dans les nuages et la virtualisation, quelle serait-elle?
S. M. : Si vous concevez une nouvelle application qui présentera d'importantes fluctuations en termes de capacité, vous devriez envisager l'informatique dans les nuages. Dans les autres cas, concentrez-vous sur la virtualisation, car c'est elle qui vous procurera des résultats immédiats. Il y a quatre étapes que les entreprises doivent suivre. Il faut d'abord achever la virtualisation de l'environnement afin de tirer des avantages immédiats de l'infrastructure en place. Il faut ensuite consolider les systèmes de stockage et les serveurs sur une seule plate-forme de gestion. La troisième étape consiste à automatiser les tâches de routine sur les serveurs, comme l'application de correctifs. Enfin, il faut archiver et protéger les données.
Vous désirez en savoir plus? L'équipe Centre de données de Bell peut aider votre organisation à toute étape du processus de virtualisation ou de mise en œuvre d'une solution sécurisée d'informatique dans les nuages. Pour savoir comment votre entreprise peut épargner de l'argent et simplifier l'administration dans son centre de données, communiquez avec votre conseiller de Bell ou demandez qu'un conseiller de Bell communique avec vous.
Strahan McCarten est chef divisionnaire – gestion des produits (centres de données et services d'hébergement) pour Bell. Il compte 12 ans d'expérience en gestion des TI, tant à des postes techniques que de vente, y compris trois ans d'expérience comme consultant.

Ceci pourrait vous intéresser